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Vers une esthétique de disparition

L’exposition Vers une esthétique de disparition, qui viendra se répandre dans la ville de Genève en dehors de tout contexte « classique » d’exposition, a pour volonté de mettre en lumière la démarche des artistes – dont les pièces sont issues de la collection du Fonds cantonal d’art contemporain (FCAC) – et valoriser leur recherche.

Les oeuvres empruntées ont ainsi été placées dans des lieux du quotidien où s’annule le piédestal que compose l’exposition en institution ou en galerie. En effaçant certains codes de présentation et en inscrivant les oeuvres dans des lieux où leur statut devient presque imperceptible, nous voulons insister sur la recherche de chaque artiste. Des parcours de médiation et des commentaires d’artistes viendront approfondir le contenu de ces recherches.

La banalité des gestes du quotidien (Eric LANZ, Les Gestes 1, 1993) fait ainsi face à la déambulation tout aussi ordinaire d’un lieu de passage (Capsules de Halle Nord); des travaux à l’esthétique en apparence enfantine viennent orner la vitrine d’une crèche avec une volonté de confusion sur les auteurs (Anna KIRKPATRICK, New Trees, 1999; Anne KELLER, Coin-coin, 1996, etc.); le cadre agrémenté de crin (Pierrette BLOCH, Sans titre, 1995) installé chez un coiffeur (Le coiffeur de la rue) tente de nous confondre quant à la provenance des mèches brunes; enfin, le magasin de vélos (Hors-Piste) prend des airs d’Halloween avec des phares de véhicule déformés aux allures de masques (Anita MOLINERO, Sans titre, 2012).

Nombre de contemporains des artistes – passés et présents – n’ont pu envisager leur travail que par une appréciation esthétique ponctuelle ou en s’appuyant sur des critères liés à un marché et non à une histoire de l’art. Que ce soit par le biais de recouvrement, de substitution, de suggestion, de soustraction, de récupération, de multiplication, de simulation ou autre intervention ; bien des expérimentations ont eu pour résultat d’interroger la notion de création en évinçant la possible importance d’une reconnaissance formelle.

En période d’élections présidentielles aux Etats-Unis, serait-il possible qu’un certain Gianni Motti – dont le soutien est clairement affiché (HJD distribution) – ait échappé à notre attention ? Une partie de scrabble aurait-elle été laissée temporairement de coté par deux joueurs (Café Slatkine) ? Enfin, quel type de moule ou d’empreinte est révélé aux Hôpitaux Universitaires de Genève (Nicolas MOMEIN, Incomplete closed cube, Aliboron l’a digéré, 2011) ? Peut-on envisager que le nom d’un parfum fleure bon le post-féminisme (Sylvie FLEURY, Egoïste, 1994, boutique Paradigme) ?

Progressivement, ce qui est proposé à la vue semble devenir un constat : les enjeux esthétiques ont disparu. Peut-être une tentative de se distinguer clairement de l’imposture des artistes « pop up » placés par quelques spéculateurs, et que l’histoire viendra effacer. Le modèle d’exposition proposé a pour intention d’intriguer les consciences ; encore faudra-t-il distinguer l’oeuvre !


Sonia Chanel